« Qui se souvient encore de l'extermination des Arméniens ? » Hitler, 1939
Créée à la fin des années 90, Parlons Génocides répond au besoin pressant de Lousnak artiste arménienne vivant à Montréal, de ne pas oublier. Militante du souvenir, Lousnak a choisi la mémoire comme engagement humanitaire et politique.
Chaque 24 avril, depuis 1999, Parlons Génocides organise un événement bénéfice à Montréal qui vise à sensibiliser le grand public aux problèmes passés et présents de génocide dans le monde, et vise également à venir en aide financièrement aux victimes de génocide.
La date du 24 avril n'a pas été choisie par hasard. C'est à l'aube du 24 avril 1915 qu'est déclenché le génocide à Constantinople avec l'arrestation de 650 intellectuels, notables et dirigeants arméniens qui sont déportés et massacrés en Anatolie. L'élite arménienne connaît le même sort dans tout l'Empire. Le programme génocidaire est d'autant plus facile à mettre en œuvre que le peuple arménien est décapité au niveau des grandes voix et à celui des hommes valides pouvant engendrer une résistance. Cet événement est considéré historiquement comme le premier génocide du vingtième siècle. Reconnu comme tel par l'ONU depuis 1985, le gouvernement turc refuse toujours aujourd'hui d'utiliser ce terme pour parler de cette période.
Le mot « génocide » a été créé en 1944 par Raphael Lemkin, professeur de droit international à l'université de Yale, « pour définir les pratiques de guerre de l'Allemagne nazie ». Il désigne « la destruction d'une nation ou d'un groupe ethnique ». Le mot combine le terme grec genos (qui signifie origine ou espèce) et le suffixe latin cide (provenant de caedere, tuer). Le terme de génocide désigne tout acte commis dans l'intention de détruire méthodiquement un « groupe national, ethnique, racial ou religieux »
Le 9 décembre 1948, l'Assemblée générale des Nations unies approuve à l'unanimité le texte de la « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide », qui fait entrer le terme « génocide » dans le vocabulaire du droit international. Entrée en vigueur en 1951 et révisée en 1985, la Convention, déclare dans son article premier que « les parties contractantes confirment que le génocide, qu'il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime du droit des gens, qu'elles s'engagent à prévenir et à punir ». En 2005, il y avait encore 50 pays qui n'avaient pas ratifié la convention dont l'Angola, le Boutan, le Tchad, le Congo, l'Erythrée, l'Indonésie et le Japon. En 2010, le pays d'Andorre et le Nigéria ont décidé de quitter le « club des 50 » et ont signé la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. C'est trop peu!
Surtout si on se réfère à Yves Ternon, dont l'ouvrage « L'État criminel, les génocides au XXe siècle » est l'une des références en la matière. Selon lui, les actes constitutifs du génocide aboutissent toujours, quels que soient les moyens employés, à l'anéantissement physique et biologique du groupe, et ne peuvent être le fait d'individus isolés. Le génocide est un crime collectif, commis par les détenteurs du pouvoir de l'État, en leur nom ou avec leur consentement.
D'après la législation internationale, les actes commis pendant un génocide sont punissables, mais aussi l'incitation, la tentative pour le réaliser et toute forme de complicité.
Seuls quatre génocides ont été reconnus par des instances internationales dépendant de l'ONU, dont trois seulement au plan juridique : les Arméniens, les Juifs et les Tziganes, les Tutsis et les musulmans de Bosnie-Herzégovine. Pourtant, beaucoup de massacres continuent à avoir lieu tous les jours et malheureusement plusieurs d'entre eux sont considérés comme des génocides par de nombreux observateurs internationaux. Que ce soit les tibérains, les tchéchènes, les kurdes, les cambodgiens ou des pays dont le Congo ou le Darfour, chaque situation est préoccupante.
La nouvelle décennie que nous entamons commence par des dates clés concernant les réponses internationales au génocide. Lorsque les deux tribunaux pénaux internationaux ad hoc (pour le Rwanda et pour l'ancienne Yougoslavie) auront achevé leurs travaux fin 2010, une phase initiale dans la mise en œuvre des engagements de la Convention sur le Génocide arrivera à terme. Parallèlement, les Chambres extraordinaires au sein des Tribunaux cambodgiens entreront dans une seconde année d'activité, tandis que la Cour Pénale Internationale entame une année de procès en cours, de mandats d'arrêt non exécutés et, en mai-juin, entreprendra une première synthèse de ses activités.
Ces dates clés représentent une opportunité pour réfléchir sur les avancées dans la répression du génocide (et des crimes qui y sont associés); mesurer l'effet dissuasif de ces institutions; et mettre en lumière les faiblesses, en particulier la non-application, dans l'architecture émergente d'une justice pénale internationale. Or cela constitue aussi une opportunité pour réaffirmer que la prévention, la détection et la répression du génocide ne sont pas la seule prérogative des praticiens du droit, mais exigent des modalités de compréhension, lesquelles ne sont ni requises ni avalisées par des réponses juridiques. Le génocide laisse des absences résiduelles que le droit, les sciences humaines ou sociales ne peuvent aisément capter, mais qui continuent de s'exprimer à travers l'art, la littérature, le cinéma et diverses formes de mémoires et de commémorations.
Afin de réfléchir sur ces questions, l'Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide (www.inogs.com) et le Centre de Recherche sur la Justice et la Violence (www.sussex.ac.uk/justice) de l'université du Sussex organisent un Congrès mondial sur le génocide (28 juin – 1er juillet 2010, Université du Sussex, Angleterre).
La lutte contre le génocide est l'affaire de tous, politiciens, juriste, artiste, citoyen. À l'heure où les génocides sont en passe d'être banalisés, comment se responsabiliser pour que cela ne se reproduise pas?
« Si la majorité des massacres de l'ère coloniale ne relèvent pas de la stricte catégorie du génocide », note Bernard Bruneteau, « l'indifférence dans laquelle ils se déroulèrent ne se sépare pas toutefois d'une forme d'idéologie, et qui plus est à visée universaliste ». Le siècle des génocides, Violences, massacres et processus génocidaires de l'Arménie au Rwanda par Bernard Bruneteau (Armand Colin, 2004)
Enfant de la guerre, Lousnak partage la souffrance d'autres peuples; héritière d'une blessure encombrante pour trouver la Paix, elle croit en l'utilité de se questionner et de se positionner. Question de justice, question d'humanité!
Parlons Génocides (PG) est une organisation qui a décidé de ne pas céder à l'indifférence. C'est avec l'organisation d'événements culturels que PG propose de réfléchir, apprendre, débattre, échanger sur la situation des génocides dans le monde, de leurs racines à leurs répercussions sur notre présent. À l'aide de l'art sous toutes ses formes, PG espère rapprocher des peuples qui s'affrontent et maintenir le dialogue entre les autres. Et surtout, ne pas oublier, jamais.
Chaque 24 avril, depuis 1999, Parlons Génocides organise un événement bénéfice à Montréal qui vise à sensibiliser le grand public aux problèmes passés et présents de génocide dans le monde, et vise également à venir en aide financièrement aux victimes de génocide.
La date du 24 avril n'a pas été choisie par hasard. C'est à l'aube du 24 avril 1915 qu'est déclenché le génocide à Constantinople avec l'arrestation de 650 intellectuels, notables et dirigeants arméniens qui sont déportés et massacrés en Anatolie. L'élite arménienne connaît le même sort dans tout l'Empire. Le programme génocidaire est d'autant plus facile à mettre en œuvre que le peuple arménien est décapité au niveau des grandes voix et à celui des hommes valides pouvant engendrer une résistance. Cet événement est considéré historiquement comme le premier génocide du vingtième siècle. Reconnu comme tel par l'ONU depuis 1985, le gouvernement turc refuse toujours aujourd'hui d'utiliser ce terme pour parler de cette période.
Le mot « génocide » a été créé en 1944 par Raphael Lemkin, professeur de droit international à l'université de Yale, « pour définir les pratiques de guerre de l'Allemagne nazie ». Il désigne « la destruction d'une nation ou d'un groupe ethnique ». Le mot combine le terme grec genos (qui signifie origine ou espèce) et le suffixe latin cide (provenant de caedere, tuer). Le terme de génocide désigne tout acte commis dans l'intention de détruire méthodiquement un « groupe national, ethnique, racial ou religieux »
Le 9 décembre 1948, l'Assemblée générale des Nations unies approuve à l'unanimité le texte de la « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide », qui fait entrer le terme « génocide » dans le vocabulaire du droit international. Entrée en vigueur en 1951 et révisée en 1985, la Convention, déclare dans son article premier que « les parties contractantes confirment que le génocide, qu'il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime du droit des gens, qu'elles s'engagent à prévenir et à punir ». En 2005, il y avait encore 50 pays qui n'avaient pas ratifié la convention dont l'Angola, le Boutan, le Tchad, le Congo, l'Erythrée, l'Indonésie et le Japon. En 2010, le pays d'Andorre et le Nigéria ont décidé de quitter le « club des 50 » et ont signé la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. C'est trop peu!
Surtout si on se réfère à Yves Ternon, dont l'ouvrage « L'État criminel, les génocides au XXe siècle » est l'une des références en la matière. Selon lui, les actes constitutifs du génocide aboutissent toujours, quels que soient les moyens employés, à l'anéantissement physique et biologique du groupe, et ne peuvent être le fait d'individus isolés. Le génocide est un crime collectif, commis par les détenteurs du pouvoir de l'État, en leur nom ou avec leur consentement.
D'après la législation internationale, les actes commis pendant un génocide sont punissables, mais aussi l'incitation, la tentative pour le réaliser et toute forme de complicité.
Seuls quatre génocides ont été reconnus par des instances internationales dépendant de l'ONU, dont trois seulement au plan juridique : les Arméniens, les Juifs et les Tziganes, les Tutsis et les musulmans de Bosnie-Herzégovine. Pourtant, beaucoup de massacres continuent à avoir lieu tous les jours et malheureusement plusieurs d'entre eux sont considérés comme des génocides par de nombreux observateurs internationaux. Que ce soit les tibérains, les tchéchènes, les kurdes, les cambodgiens ou des pays dont le Congo ou le Darfour, chaque situation est préoccupante.
La nouvelle décennie que nous entamons commence par des dates clés concernant les réponses internationales au génocide. Lorsque les deux tribunaux pénaux internationaux ad hoc (pour le Rwanda et pour l'ancienne Yougoslavie) auront achevé leurs travaux fin 2010, une phase initiale dans la mise en œuvre des engagements de la Convention sur le Génocide arrivera à terme. Parallèlement, les Chambres extraordinaires au sein des Tribunaux cambodgiens entreront dans une seconde année d'activité, tandis que la Cour Pénale Internationale entame une année de procès en cours, de mandats d'arrêt non exécutés et, en mai-juin, entreprendra une première synthèse de ses activités.
Ces dates clés représentent une opportunité pour réfléchir sur les avancées dans la répression du génocide (et des crimes qui y sont associés); mesurer l'effet dissuasif de ces institutions; et mettre en lumière les faiblesses, en particulier la non-application, dans l'architecture émergente d'une justice pénale internationale. Or cela constitue aussi une opportunité pour réaffirmer que la prévention, la détection et la répression du génocide ne sont pas la seule prérogative des praticiens du droit, mais exigent des modalités de compréhension, lesquelles ne sont ni requises ni avalisées par des réponses juridiques. Le génocide laisse des absences résiduelles que le droit, les sciences humaines ou sociales ne peuvent aisément capter, mais qui continuent de s'exprimer à travers l'art, la littérature, le cinéma et diverses formes de mémoires et de commémorations.
Afin de réfléchir sur ces questions, l'Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide (www.inogs.com) et le Centre de Recherche sur la Justice et la Violence (www.sussex.ac.uk/justice) de l'université du Sussex organisent un Congrès mondial sur le génocide (28 juin – 1er juillet 2010, Université du Sussex, Angleterre).
La lutte contre le génocide est l'affaire de tous, politiciens, juriste, artiste, citoyen. À l'heure où les génocides sont en passe d'être banalisés, comment se responsabiliser pour que cela ne se reproduise pas?
« Si la majorité des massacres de l'ère coloniale ne relèvent pas de la stricte catégorie du génocide », note Bernard Bruneteau, « l'indifférence dans laquelle ils se déroulèrent ne se sépare pas toutefois d'une forme d'idéologie, et qui plus est à visée universaliste ». Le siècle des génocides, Violences, massacres et processus génocidaires de l'Arménie au Rwanda par Bernard Bruneteau (Armand Colin, 2004)
Enfant de la guerre, Lousnak partage la souffrance d'autres peuples; héritière d'une blessure encombrante pour trouver la Paix, elle croit en l'utilité de se questionner et de se positionner. Question de justice, question d'humanité!
Parlons Génocides (PG) est une organisation qui a décidé de ne pas céder à l'indifférence. C'est avec l'organisation d'événements culturels que PG propose de réfléchir, apprendre, débattre, échanger sur la situation des génocides dans le monde, de leurs racines à leurs répercussions sur notre présent. À l'aide de l'art sous toutes ses formes, PG espère rapprocher des peuples qui s'affrontent et maintenir le dialogue entre les autres. Et surtout, ne pas oublier, jamais.